Pacha Culture

Une BD pour parler de l’excision

« Une grande partie de l’Afrique noire et de l’Afrique de l’Est est touchée par une barbarie sans nom : les mutilations génitales féminines. C’est ce sujet qu’abordent Zidrou et Beuchot dans ce « Tout petit bout d’elles », euphémisme joliment poétique pour désigner l’organe du plaisir féminin mis à mal par des traditions insupportables… » (BDzoom)

Un tout petit bout d’elles

Résumé : « Au Congo, de nos jours, un ouvrier chinois, Yue Kiang, s’est amouraché d’Antoinette, une belle Congolaise déjà maman d’une petite Léontine. Une communauté asiatique importante vit en effet dans des baraquements en marge  d’une concession forestière isolée dont le patron voit d’ailleurs d’un très mauvais œil les relations avec les autochtones. Yue Kiang n’en a cure et retrouve régulièrement Antoinette finissant par découvrir le secret, intime, honteux, que des femmes infligent aux fillettes pour respecter la « coutume ». Antoinette pourra-t-elle épargner à sa petite Léontine cette infâme « blessure », humiliante et traumatisante à vie ? »

Au hasard, l’autre jour, je choisissais une bande dessinée à ma médiathèque. A défaut d’avoir le temps de lire des vrais livres, je me suis dis que lire des bandes dessinées pourrait être une bonne distraction pour moi ! Au fil des pages je découvre le sujet principal du livre. Plus particulièrement au moment où les deux personnages principaux du livre se retrouvent dans un moment intime. On comprend par la gêne de la femme qu’elle a été mutilée dans son enfance.

Ce sujet, qui ne m’était pas du tout inconnue, et que j’avais déjà pu découvrir au travers de l’histoire de « Fleur du désert » notamment (que je vous conseille vivement, il existe en livre et en film), ne me laisse pas indifférente. Je sais que je suis dans une position d’impuissance, alors tout ce que je peux faire, c’est vous dire ce que je sais et vous encourager à faire passer le message…

Fleur du désert, l’histoire vraie et bouleversante de Waris Dirie, originaire de Somalie qui s’est fait connaître d’abord en devenant mannequin et puis en luttant contre les MGF qu’elle a elle-même subi à l’âge de trois ans. Cette femme a fuit son pays pour ne pas être forcée à se marier avec un vieillard alors qu’elle est encore jeune adolescent. Ce film poignant et bouleversant peint le portrait de cette femme si courageuse. Elle quitte sa misère pour devenir la bonne à tout faire d’une riche famille londonienne. Six ans plus tard, heureusement elle finit par échapper à cette situation et fait la rencontre qui va changer sa vie, une femme qui la prend sous son aile et l’aide à gagner son indépendance. Warris se fera ensuite repérée par un photographe et rentrera dans le monde des Top-
Waris Dirie et l’actrice éthiopienne Liya Kebede qui interprète son rôle dans « Fleur du désert »

Mais, c’est quoi l’excision ?

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines (MGF) comme « l’ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins externes pour des raisons non médicales. »

Une réalité horrifiante…

L’excision est la MGF la plus répandue dans le monde ; c’est plus précisément une ablation du capuchon clitorien ou du clitoris dans son intégralité. Cette classification imagée vous aidera à y voir plus clair :

Ces MGF sont bien entendu illégales et condamnées dans la plupart des pays du monde, malheureusement elles restent une pratique courante pour de nombreuses cultures et traditions… Selon l’OMS environ 200 millions de femmes ont subi une excision, en Afrique subsaharienne, au Proche-Orient et en Asie du Sud-Est.

D’où vient cette pratique ?

Les pratiques d’excision remontent en réalité à la nuit des temps, avant l’apparition des grandes religions monothéistes : elles trouvent leurs origines dans les cultures animistes, et en Égypte, dans la civilisation des Pharaons. Cette pratique était, et l’est encore, envisagée comme un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte.

Elle marque surtout la domination de l’homme sur la femme dans des sociétés patriarcales : l’excision est ainsi censée préserver la virginité des jeunes filles, améliorer le plaisir sexuel masculin. Cette pratique leur permet de « gommer » une imperfection de la création divine, le clitoris étant considéré comme un « résidu masculin », qu’il convient de faire disparaître pour qu’une femme soit « complète ». Cette relation d’appropriation de l’homme sur la femme s’est ancrée dans de nombreuses cultures ; c’est ainsi sur les mères, elles-mêmes déjà mutilées, perpétuent souvent cette tradition, en participant activement aux mutilations de leurs enfants : un sacrifice nécessaire afin de faire un « bon mariage »..

L’excision n’a rien à voir avec la religion puisqu’aucune source religieuse (juive, chrétienne et musulmane) n’en fait mention. Cette pratique est enracinée dans de nombreuses familles par le fait directement de ses membres qui en sont ainsi complices et responsables.

En France

Cette pratique n’a pas été l’affaire que des pays d’Afrique ou du Proche-Orient… Jusqu’à la fin du 19ème siècle, la clitoridectomie était pratiquée pour lutter contre… l’onanisme et l’hystérie. Une ablation d’une incroyable violence qui pouvait se faire par une cautérisation au fer rouge…

LES CONSÉQUENCES

L’excision est évidemment une atteinte au respect de l’être humain et à l’intégrité physique et morale des femmes qui en sont victimes. Elle entraîne de nombreuses conséquences…

PERTE DU PLAISIR SEXUEL

RISQUES SANITAIRES ET INFECTIEUX pendant l’opération, souvent pratiquée dans des conditions d’hygiène insuffisantes.

DOULEURS, liées à l’excision même, effectuée sans anesthésie, mais aussi par la suite, lors des rapports sexuels ou des menstruations.

AUGMENTATION DU RISQUE DES MST (maladies sexuellement transmissibles).

AUGMENTATION DU RISQUE DE MORTALITÉ PENDANT UN ACCOUCHEMENT.

PERTURBATION DE L’IDENTITÉ FÉMININE et de la représentation de sa sexualité.

NÉGATION DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE ET DE CHOIX.

Comment agir ?

L’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) agit seulement en 2012 pour adopter les premières mesures pour combattre ces MGF dans le monde. Plus de 110 pays ont soutenu et ratifié cette résolution qui demande également de « compléter les mesures punitives par des actions d’éducation et d’information ».

Pour la France, l’excision est qualifiée d’atteinte à la personne dans le cadre de « violences ayant entrainé une mutilation permanente ». C’est un délit, punissable jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende. L’excision commise sur une mineur de moins de 16 ans devient un crime, passible de 15 à 20 ans réclusion criminelle. La loi prévoit que les soignants ont l’obligation de dénoncer toute agression sexuelle sur mineure et sont tenus de signaler tous les cas de MGF dont ils seraient témoins, même pour des opérations effectuées hors territoire. Depuis 2014, l’incitation à l’excision est elle-même punissable.

Les pays qui ont adopté des lois concernant les MGF : Bénin 🇧🇯  (2003), Burkina Faso 🇧🇫  (1996), Côte d’Ivoire 🇨🇮  (1998), Djibouti 🇩🇯  (1995, 2009), Égypte 🇪🇬  (2008), Érythrée 🇪🇷  (2007), Éthiopie 🇪🇹  (2004), Gambie 🇬🇲  (2015), Ghana 🇬🇭  (1994, 2007), Guinée 🇬🇳  (1965, 2000), Guinée-Bissau 🇬🇼  (2011), Irak 🇮🇶 (Kurdistan) (2011), Kenya 🇰🇪 (2001, 2011), Mauritanie 🇲🇷 (2005), Niger 🇳🇪  (2003), Nigéria (certains états) 🇳🇬 (2003), Ouganda 🇺🇬 (2010), République Centrafricaine 🇨🇫  (1966, 1996), Sénégal 🇸🇳 (1999), Somalie 🇸🇴 (2012), Soudan (certains états) 🇸🇩 (2008-2009), Tanzanie 🇹🇿 (1998), Tchad 🇹🇩 (2003), Togo 🇹🇬 (1998), Yémen 🇾🇪 (2001).

Que retenir de tout ça ?

Ce que j’en retiens personnellement c’est que des millions de mentalités doivent être changées pour arriver à la fin de cette pratique dans le monde. Il s’agit encore une fois d’une domination des hommes sur les femmes, d’une soumission et d’une manipulation de leur part. Ces schémas sociétaux sont bien trop complexes et anciens pour arriver à les éradiquer du jour au lendemain. En revanche cela est quand même possible, même si cela demande énormément de moyens et donc énormément d’argent de la part de nos gouvernements.

Si aux yeux de la plupart d’entre nous, cette pratique est considérée comme barbare, alors il est légitime d’aller enseigner les droits des femmes dans les pays touchés par cette barbarie. Je pense que c’est ce qui doit être fait. Ces pays ont grand besoin de connaître leurs droits et de savoir qu’il existe une autre façon de voir le monde. Une façon qui permet de vivre en paix sans avoir besoin de mutiler le corps des enfants.

D’autre part, sujet sensible, il faut aussi arriver à passer outre les anciens schémas colonialistes que le monde a subi il y a encore peu de temps. L’Europe en a fait des belles conneries… mais merde, « nous naissons libres et égaux en droit » ! Alors ils doivent agir contre ça. L’Occident a pillé des pays, a rendu des femmes des enfants et des hommes en esclavage, a supprimé l’histoire de millions de gens… Mais aujourd’hui elle doit utiliser son pouvoir pour sauver ces enfants en danger.

Et c’est ce qui se produit déjà un peu grâce à des lois qui ont été adoptés dans de nombreux pays. Malgré ça, les choses ne vont pas assez vite, la réalité est toujours là. Les lois sont nécessaires mais insuffisantes. La lutte contre l’excision ne permet pas de l’éradiquer A cause du poids des traditions bien trop lourd.

Des associations bien sur luttent contre ces mutilations. En France, « Excision, parlons-en ! » fédère des associations et d’autres personnes morales et physiques pour parler de La Défense des droits humains, des droits des femmes en particulier. Le GAMS (Group of the Abolition of Female Genital Mutilation) est crée en 1982 et se charge d’actions de sensibilisation mais aussi de soutien envers les victimes.

A notre hauteur nous n’avons pas de pouvoir. Nous pouvons qu’en parler, informer les gens et aider financièrement les associations qui agissent activement.

Le superhéros de l’histoire

Je finis cet article sur une note positive pour vous parler du Docteur Denis Mukwege. Ce gynécologue milite pour les droits humains en Afrique. Il est également appelé « l’homme qui répare les femmes » (nom donné au film sorti en 2016 qui retrace son histoire et son combat). Il lutte contre les violences faites aux femmes dans son pays, la RDC. Que ce soit physiquement ou psychologiquement, il s’attache à « réparer » ces milliers de femmes qui ont été violées durant 20 ans de conflits à l’est de la RDC, un pays qui se trouve être parmi les plus pauvres de la planète alors même que son sous-sol est extrêmement riche.

Cet homme représente juste pour moi ce qu’est un superhéros, j’ai tellement d’admiration pour lui que je n’en trouve pas les mots. Vous pouvez en découvrir plus sur cet homme magnifique en regardant le film dont je parlais mais je vous propose aussi de lire cet article assez court :).

P a c h a M a m a n Maman d'un petit bout d'homme depuis octobre 2018, je me lance dans l'écriture d'un blog et vous emmène avec moi si vous le voulez bien dans ma quête d'une vie plus simple, plus naturelle, plus sereine, plus épanouie, plus créative, plus consciente et plus intense chaque jour !

One Comment

  • BERANGERE

    Fabuleux article malgré l’atrocité du sujet abordé. Merci Jessica car à travers tes écrits, se sont toutes ces femmes auxquelles nous pensons qui ont subi ou font subir à cause de la tradition ces actes de barbarie.
    A lire et à faire lire à toutes les jeunes femmes.
    Merci

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