Livres parentalité,  Parentalité

C’est l’histoire d’une femme qui suit deux inconnus dans une jungle, et…

Le concept du continuum, à la recherche du bonheur perdu de Jean Liedloff

Aujourd’hui en rentrant des courses, dans ma voiture je me dis tout bêtement « les hommes et les femmes sont faits pour vivre ensemble ». Pourquoi je me dis ça ? Tout simplement parce que je vois les gens les uns contre les autres et pas les uns avec les autres. Je pense qu’il serait mieux pour nous de savoir vivre les uns avec les autres au sein d’une même communauté sans distinction de couleur de peau, religion, coutumes ou que sais-je. Cette maladie qu’est la dépression n’existerait même pas si nous étions capables de traiter les autres comme notre propre famille. Alors, quand est-ce qu’on apprendra à s’aimer (s’aimer soi-même et s’aimer entre nous) ?

Et coïncidence ou pas, aujourd’hui je reçois ce livre dans ma boîte aux lettres, qui parle d’une femme américaine qui a développé cette idée du « bonheur perdu » à l’issu d’un voyage dans une jungle Vénézuélienne. Un voyage organisé sur un coup de tête (les meilleures expériences ne résultent pas de ces moments inattendus ?). On y lit que dans cette jungle, elle s’y sentait bien (mise à part les conséquences liées au paludisme). Elle écrit « dans ce pays très étranger, je ne remarquai pas que la caractéristique la plus marquante de leur incroyable personnalité était une absence totale de tristesse, trait tellement répandu dans toutes les sociétés qui m’étaient familières. » Et c’est là que je me suis rappelée de cette pensée que j’ai eu dans ma voiture.

Le concept de continuum « Kézako » ?!

Même quand on n’a pas fait latin 3ème langue on peut très bien entendre par là le mot « continu ».  Le continuum est la continuité dans laquelle on a été inscrit, dans laquelle on inscrit nos enfants. Mais le concept de continuum est surtout bien plus compliqué que cela… C’est le titre de ce livre, le résultat d’une idée qui a germé dans la tête de l’auteur à l’issu de son voyage dans la jungle vénézuélienne. Ce livre traite notamment de la prise en charge des enfants par leurs parents et critique les pratiques occidentales visant à séparer bien trop tôt le nourrisson de sa mère.

Dans son livre, Jean nous explique principalement pourquoi les bébés ont tant besoin d’être porté. « Dans les bras, il est dans un état de bonheur absolu, tandis que s’il n’est pas porté, il se languit dans l’austérité d’un univers vide » ou encore « L’indépendance et la maturation émotionnelle trouvent principalement leur origine dans la relation dans les bras. » Les mots sont forts, poignants, moi-même qui porte souvent mon bébé, je me sens tout à coup en train de culpabiliser de ne pas le porter assez !?…

Ce que je pense en lisant ses mots est en réalité une confirmation de ce que je pensais déjà : on ne peut pas apprendre au jeune bébé à rester seul, à s’endormir seul, à ne pas pleurer. Tout cela il va l’apprendre bien sûr, mais avec du temps et surtout grâce à notre proximité avec lui et grâce au maternage. Les bébés ont besoin de la proximité avec leurs mères (et leurs pères, l’auteure omet de le mentionner d’ailleurs), et ce besoin fait parti de leur « continuum ».

J’ai pu trouver cet interview très positif d’un neuropsychiatre qui s’est intéressé de plus près aux réels besoins des bébés pour mieux former les spécialistes de la petite enfance, vous pouvez le lire si cela vous intéresse.

Ce que j’ai aimé dans ce livre

Ce livre parle de parentalité en se basant sur une autre culture, et critique la société américaine de son époque. Jean, qui est partie à la rencontre de ces autres, nous rapporte son regard sur « ce que nous aurions peut-être manqué lors de notre évolution » ; notamment le fait d’avoir privilégié l’intellect plutôt que notre instinct qui nous pousse à répondre aux besoins de notre bébé, et c’est tout.

Les différents éléments qui m’ont parlée :

  • l’un des premiers, l’importance pour les bébés d’être porté ;
  • le fait de ne pas surprotéger nos enfants (elle donne l’exemple de cette famille américaine qui a décidé de protéger leur piscine par une barrière pour que l’enfant ne tombe pas et ne se noie pas, mais le jour où la portière était restée ouverte l’enfant est tombé et s’est noyé). C’est en ne pas les surprotégeant qu’ils n’éprouveront pas la peur et qu’ils auront davantage conscience du danger. Mais pour nous occidentaux, ce n’est pas encore simple de laisser son bébé jouer avec des couteaux alors que ça ne pose aucun problème pour les Yékwanas. Ça me fait d’ailleurs penser à un épisode très dérangeant de Black Mirror. Une mère décide de contrôler la vie de sa petite fille en lui introduisant une puce, elle peut voir depuis sa tablette, tout ce que voit la petite fille. Quand il y a un danger, tout est floutté. Par exemple, elle ne peut pas voir le sang, sa mère va la retrouver en train de se faire saigner la main à coup de coups de crayon. Vous voyez un peu le topo ? Bref. Complètement absurde. Mais c’est intéressant de pousser cette absurdité à l’extrême, même si les scénaristes de Netflix sont vraiment tarés… ;
  • le sentiment de posséder nos enfants que nous pouvons éprouver finira par nous causer du tort ;
  • notre bonheur réside dans le fait de respecter les besoins de nos bébés ;
  • il est bénéfique pour les enfants de vivre avec des personnes plus âgées qui pourront se positionner en éducateurs…

Le  livre de Jean Liedloff peut donc paraître très pertinent en certains points, mais pourtant, cela peut s’avérer très délicat de comparer une jungle à nos sociétés civilisées… et il y a énormément de points dans ce livre que je n’ai pas aimé.

La faille du livre (selon moi)

« Il est malheureusement irréaliste et utopique d’imaginer changer notre culture afin qu’elle réponde aux besoins de notre continuum. »

Il n’est pas possible de comparer une jungle à des sociétés très civilisées comme les nôtres, soyons clairs. Et il est important de remettre ce livre dans son contexte quand on le lit. Peu importe ce que nous pouvons penser, nous ne retournerons jamais à cet état primaire de nos civilisations ; il serait utopiste d’envisager que tous les hommes et les femmes soient soudés comme peuvent l’être les indiens, on est d’accord. Pourtant de nombreux explorateurs et anthropologues de cette époque voyait un « bonheur perdu » dans les civilisations restées éloignées de nous. Le sentiment que nous avons perdu le bonheur peut alors se manifester. Cela fait des siècles que nous cherchons des réponses à nos si grandes questions « comment être heureux ? », « qu’est-ce que le bonheur ? ». Alors quand les explorateurs ont trouvé les indiens (et d’autres peuples vivants dans la nature), et ont vu qu’ils vivaient en harmonie avec la nature et heureux ensemble, la pensée de « c’était mieux avant » pouvait facilement les atteindre. Mais avec du recul, si nous ne sommes pas heureux ça n’a rien à voir avec vivre dans la nature ou non. Ce serait parce que nous n’écoutons plus notre instinct.

L’auteur ne dit à aucun moment que nous devrions faire comme… mais elle peut laisser supposer dans certaines situations que chez les Yekwanas, « c’est mieux ».

Ah… Le bonheur…

L’expérience du bonheur, cette sensation éprouvée quand on ne subit aucune pression, quand on se sent dans l’instant présent… Cette expérience est à notre portée chaque seconde (ou presque). Se libérer des préjugés, des fausses idées, des paroles et du regard des autres qui nous dérangent tant. Le bonheur est accessible là tout de suite.

Je pense que c’est son voyage (sinon elle n’en parlerait pas) qui a fait comprendre à Jean que nos sociétés couraient désespérément derrière le bonheur, parce que personne n’était capable de le voir. Elle en parle vers la fin de son livre.

Un concept, bien complexe

« Le continuum humain peut être défini comme un enchaînement d’expériences qui correspondent aux attentes et tendances de notre espèce, dans un environnement de même logique que celui où sont nées ces attentes et tendances. Cela implique un comportement adéquat vis-à-vis des autres, acteurs dans cet environnement, et une attitude appropriée de ceux-ci envers nous. »

Je voudrais en revenir au sujet principal du livre, car je pense que tout ne se résume pas à porter ou ne pas porter, à laisser pleurer ou ne pas laisser pleurer. Il y a bien d’autres facteurs qui rentrent en jeu pour que votre bébé se transforme en un petit garçon ou une petite fille heureux-se, confiant-e, sociable. Et puis ce qui est cool, c’est que notre société commence petit à petit a changer de cap, je pense que vous voyez la même chose que moi : on remet de nombreux aspects de l’éducation de nos parents et grands-parents en question, on vote contre les VEO, on s’intéresse à des tas de pédagogies alternatives, on parle d’adultisme… Bref, tout un tas de choses qui nous amèneront certainement vers un monde bien mieux que celui qu’on a toujours connu, vers un monde où nos enfants auront la possibilité de rendre ce monde meilleur.

Et ça y est j’en viens enfin au pire ; à ses propos qui m’ont vraiment choquée.

Tout ce qui m’a dérangée dans le livre

1.

Au tout début elle évoque certaines de ses premières lectrices qui sont tombées en dépression après avoir lu ce livre, et je comprends pourquoi. Elle a un ton assez culpabilisateur, du genre « il trouve un peu de réconfort dans son propre pouce, qui calme quelque peu le désir incessant de sa bouche. En réalité, il ne le « suce » pas vraiment : on le nourrit assez pour apaiser sa faim. Il n’en a besoin que lorsqu’il veut sa tétée plus tôt que ne l’a prévue sa mère, pour lutter contre le vide insupportable de sa bouche, contre son éternelle solitude et le sentiment d’être délaissé. » Déjà, si je pouvais j’aimerais demander à cette femme : pourquoi mon fils suce-t-il son pouce après une tétée ? Alors qu’un tout petit bébé allaité se gère tout seul ; il arrête de téter quand il est rassasié. Ce genre de phrases qu’elle emploie, on en trouve à quasiment chacune des pages de son livre et je n’exagère pas. Pourtant je ne m’arrête pas de lire, je veux aller jusqu’au bout. Et comme je disais plus haut, moi-même qui porte souvent mon bébé, qui essaye de faire du peau à peau le plus possible, qui vient le voir au moindre de ses signaux, je pourrais très bien culpabiliser de ne pas être ASSEZ disponible pour lui !!

Donc malgré tous ses propos, je ne culpabilise pas car je sais que ce qu’elle dit n’a aucun fondement scientifique c’est juste son idée, sa théorie. Je pense néanmoins que ce livre peut être utile pour les personnes qui sont encore dans la logique de vouloir « dresser » leurs bébés, pour ne pas les rendre capricieux (euh…), mais ça se voit qu’il a été écrit il y a plus de quarante ans, et il ne faut pas l’oublier.

Mon avis c’est qu’un bébé doit être proche de sa mère bien sur, mais pas constamment collé à elle : il a besoin de découvrir le monde et sa mère a besoin de recharger ses batteries pour bien s’occuper de lui. Jean dit qu’un bébé câline son doudou pour compenser le manque de sa mère… mais que c’est dur d’entendre ça ! Donc à chaque fois que tu vas voir ton fils ou ta fille câliner d’abord peluche tu vas te dire « oh ! Il ou elle m’oublie et transfert tout son amour à cette petite chose toute douce ! ». Nooooooon. Calm down. Être maman ça nous fait assez perdre des neurones comme ça, on est trop fragiles que des fois on se laisse avoir par des objets dont on aurait pas l’utilité mais de là à penser ça ?! Damn it. Ce livre est carrément sorti de l’estime que je peux porter aux livres.

2.

J’essaye toujours de me mettre dans une ambiance calme pour lire (sinon je perds vite le fil), et des fois je trouve qu’elle passe du coq à l’âne, elle parle de quelque chose puis de complètement autre chose le paragraphe suivant, je ne sais pas si ça vous a fait le même effet ?! On ne sait plus de qui elle parle. De nouveaux-nés et de bébés ? Seulement de nouveaux-nés ? Ça devient plus clair dans son chapitre « Grandir » mais avant ça… j’ai le doute.

3.

Elle compare le besoin du bébé à être dans les bras à une personne droguée à l’héroïne. (Une personne droguée aux fraises Tagada aurait ete une option plus soft non ?)

4.

« Nous devrions porter ou faire porter notre bébé continuellement, qu’il soit éveillé ou endormi ».

Bon voilà vous avez le droit d’être d’accord avec elle mais pour moi elle raconte des conneries n’importe quoi.

Néanmoins,

j’ai apprécié ce livre dans son ensemble, qui est selon moi à prendre avec des pincettes comme j’essaye de le dire depuis avant. Ce livre est écrit à la façon d’un plaidoyer pour les bébés. On ressent qu’elle a été elle-même affectée par sa relation distante avec sa mère. Puis la plupart du temps, elle emploie des paroles douces (il fallait bien que je me rattrape !).

Et… je crois avoir tout dit !

Pour finir

Comme vous pouvez voir ce livre m’a pas mal retournée le cerveau. Si vous l’avez lu j’espère qu’on pourra en discuter sinon n’hésitez pas à partager votre ressenti sur ce que j’ai écris.

Peut-être que vous ne vous attendiez pas à cette critique virulente, mais je trouve qu’on a souvent tendance à tirer des citations de certains livres en les vénérant comme le Talmud alors que si on y regarde bien… il y a anguille sous roche pour être imagée. Ce sont les citations de ce livre qui m’ont d’ailleurs donnée envie de le lire. Et je ne suis pas déçue (je veux dire, c’est bien d’être surpris, car vous avez sans doute compris qu’au fond je n’ai pas vraiment aimé ce livre). Lire nous entraine à tirer un regard éloigné et réfléchi. Il est très bon de lire des livres et d’y puiser de nouvelles ressources, mais ne perdez pas de vu vos opinions profondes. Ce qu’il y a dans les livres n’est pas toujours bon à prendre…

PachaMaman

Je me suis dis que vous souhaiteriez peut-être vous faire un avis différent sur ce livre, alors en effectuant mes recherches j’ai pu trouver le récit d’un papa (pour une fois que c’est un papa !) qui a lu ce livre et donne son avis ici, un autre article ici et l’article de oummi materne ici  :-)

P a c h a M a m a n Maman d'un petit bout d'homme depuis octobre 2018, je me lance dans l'écriture d'un blog et vous emmène avec moi si vous le voulez bien dans ma quête d'une vie plus simple, plus naturelle, plus sereine, plus épanouie, plus créative, plus consciente et plus intense chaque jour !

3 Comments

  • Unedecesmeres

    J’ ai acheté ce livre et j’ avais du mal à le terminer. Ce livre construit une théorie à la base du ressenti d’ une femme blanche pénétrant une tribu d’ indigènes dans les années où on avait tendance à s’ extasier, idéaliser et s’ approprier d’ autres cultures…
    Si je me remets aux fondements scientifiques – une théorie est plus complexe que ça, nécessite une description très détaillée,analytique des faits, de contexte, prise en compte des variables indépendantes, dépendantes et j en passe.
    Qu est ce qu en elle savait du bonheur des autres ? Qu elle est sa définition du bonheur. Comprenait elle bien leur langue pour saisir les subtilités des états d âme ?
    Dans certaines cultures on ne montre pas de tristesse ni d angoisse pourtant cela peut faire partir des émotions ressenties. Comment elle a étudié leurs émotions ? Comment elle a pris en compte le biais d observateur ? Elle était pourtant une étrangère au groupe. .
    Ça me fait penser aux jeunes enfants qui découvrent les Indiens d’ Amérique, veulent devenir comme eux, parce qu’ ils les ont vu faire partie du folklore dans un reservat et ont entendu des légendes mystiques mais qui occultent tous les problèmes d’ Indiens actuels comme désoeuvrement et l’ alcoolisme.

    • PachaMaman

      Hello merci d’avoir réagi à cet article et cette thématique qui me tenait à cœur ! Je suis contente de voir que ça intéresse d’autres mamans (ou parents en général). Je te rejoins sur ta réflexion, je pense que tu as tout à fait cerner le problème de ce livre. Rien à rajouter !!

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